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Pr Souleymane Mboup, une vie dédiée à la recherche sur le VIH/SIDA

Santé

APA-Dakar (Sénégal) Par Abourahmane Diallo

A l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le Sida célébrée ce 1er décembre, voici le portrait de "Monsieur Sida" en Afrique.

Si l’Afrique peut se glorifier de certains de ses fils, le Professeur Souleymane Mboup en fait partie. Le chercheur sénégalais est connu dans la communauté scientifique mondiale pour avoir contribué avec son équipe de l’hôpital Le Dantec de Dakar à la découverte en 1985 du VIH-2, une forme de virus du Sida touchant essentiellement la population de l’Afrique de l’Ouest.

Cet homme élégant parle peu et n’aime pas trop s’exposer surtout dans les médias. Il a d’ailleurs fallu faire jouer quelques interventions pour obtenir une entrevue, d’où cette boutade en accueillant l’équipe d’APA:« Je m’étais dit que je n’allais plus donner d’interview mais, tout ça c’est à cause d'El Hadj Ndiaye ». Il parle en tapotant son chargé de communication, histoire de signifier que c’est ce dernier qui l’a mis en quelque sorte devant le fait accompli.

Son vaste bureau est décoré sommairement : un modeste aquarium où nagent des poissons de différentes couleurs et quelques tables dont l’une est jonchée des distinctions reçues aux quatre coins du monde et qui témoignent de l’apport décisif du scientifique sénégalais au progrès de la médecine et de la santé publique.

Sur les murs de ce bureau offrant une vue imprenable sur la nouvelle ville de Diamniadio (27 km de Dakar), sont accrochées des attestations de reconnaissance et quelques photos montrant le chercheur aux côtés de hauts responsables dont Macky Sall, l'actuel chef de l’Etat sénégalais.

Quand le regard du visiteur s’attarde sur la photographie avec le président sénégalais, Mboup en profite pour saluer les efforts que ce dernier déploie pour promouvoir la recherche et l’innovation, puis il fait cette confidence : « Il (Macky Sall) sera bientôt choisi par des organisations américaines en guise d’exemple de chef d’Etat qui appuie de manière significative la recherche scientifique ».

Là où Macky Sall et ses pairs appuient la recherche scientifique, lui, le professeur Mboup s’y adonne car, c’est sa passion. Il s’y consacre depuis plus de 40 ans et ainsi il est cité parmi les meilleurs au monde dans son domaine, d’où le surnom de « Monsieur Sida de l’Afrique ».

Ce surnom, il le doit à sa participation à la découverte en 1985 du VIH-2, un virus ayant des particularités propres et qui s’avère moins virulent et moins transmissible que le VIH-1. « C’est après dix ans de suivi des personnes sur lesquelles ce virus avait été localisé que nous sommes arrivés à ces conclusions », explique-t-il, précisant que « par exemple, pour la transmission du Sida de la mère à l’enfant, le risque est de 1/3 si la maman est porteuse du VIH-1 alors que ce taux est de -5% quand il s’agit du VIH-2 ».

Fruit d’une coopération multidisciplinaire entre l’Université de Dakar, celle de Tours (France) et la Harvard School of Public health (Etats-Unis), la découverte du VIH-2 a surtout montré l’importance de la collaboration dans le monde de la recherche, mais aussi « qu’il existe en Afrique des chercheurs capables de rivaliser avec n’importe quel autre chercheur dans le monde », se félicite-t-il.

C’est de cette collaboration internationale également qu’est issu l’Institut de recherche en santé, de surveillance épidémiologique et de formation (Iressef) que dirige aujourd’hui l’éminent africain.

Logé au cœur de la ville de Diamniadio, ce centre va permettre d'appuyer les politiques de santé publique, mais aussi de promouvoir la recherche pour combattre certaines maladies pouvant se muer en pandémie comme le virus Ebola, Zika, le paludisme, le cancer, la tuberculose, le Vih…

« Nous disposons ici d'équipements à la pointe de la technologie et nous avons des chercheurs capables de travailler sur plusieurs thématiques et dans divers domaines de la santé. C’est un avantage très comparatif et dont peu de centres dans le monde disposent », se réjouit le professeur Mboup, invitant les Etats africains à œuvrer pour le retour de leurs fils partis étudier ailleurs.

Né en 1951 à Dakar au Sénégal, ce médecin colonel de l’armée sénégalaise désormais à la retraite, a fait ses études dans sa ville natale avant de s’envoler, en 1976, pour la France où il obtint un Doctorat de l’Institut Pasteur en 1981 et un Doctorat en Bactériologie Virologie en 1983 à l’Université de Tours.

Le pharmacien à l’éternel sourire et au rire facile, est auteur de plus de 300 articles et de 18 livres, portant notamment sur les maladies infectieuses, la méningite et le Sida.

C’est sur lui que s’est appuyé le gouvernement du Sénégal pour lancer, dans les années 80, son programme de prévention contre le Sida. Ce qui lui a permis de contenir la propagation de la maladie et de disposer de l’un des taux de prévalence les moins élevés au monde (environ 0,7%).

Aujourd’hui, plus que jamais, celui qui a travaillé sur les Hépatites avant de s’intéresser au Sida continue de consacrer sa vie à la recherche et à l’innovation dans le domaine de la santé.

ARD/Dng/te/APA